Atelier d’art et autisme

J’ai commencé à écrire des articles sur « Que sont-ils devenus ».
Après avoir présenté Christophe Ribeyrol, je suis à préparer un dossier sur Laurent et sur son fils Basile qui est autiste. Et je me suis rendue compte que je ne pouvais pas le faire sans faire un retour en arrière, une ellipse, pour expliquer le point d’ancrage de ce portrait père et fils.

( 2010-2015) C’est lors de la création de notre atelier, à St Philbert du peuple (49), par Christèle Ribeyrol, présidente de l’association Coup de Pouce pour l’autisme qu’a commencé cette formidable aventure. Nous avons suivi régulièrement des formations.

S’immerger dans l’univers si particulier de l’autisme, permettre aux parents de se réunir, d’échanger de précieuses informations, de se soutenir, pendant que leurs enfants étaient pris en charge dans l’atelier artistique que nous tenions avec Charlène, ma fille et une jeune amie, Carla, parfois d’autres jeunes de Cœur d’Ours. Il arrivait même que Bernard vienne en plus de ses heures de travail. Il est éducateur spécialisé, en IME- en section autisme notamment et auprès duquel je travaillais deux mercredis matin par mois et il y apprenait beaucoup de choses.

D’autres professionnels et ou parents venaient aussi se greffer à ces ateliers qui étaient de véritables bouillons de culture, de réflexions, de considérations dont il faut tenir compte.

Avec le temps et la pratique, nous avons mieux compris ce que sont les aspects sensoriels de la personne, les troubles envahissants de la personnalité, comment les informations ne sont pas traitées ou plutôt trop traitées par le cerveau et comment y remédier au moins un tout petit peu.

Cela a mis en lumière le comment, invisible, nous fonctionnons. Mis en évidence la merveilleuse ingénieurerie qui nous anime.
Cet atelier avait aussi pour but de favoriser la socialisation, si fait que toute une petite équipe d’enfants, avec tous des caractéristiques particulières, gravitait dans cet atelier mensuel, avec joie, rire et un fort potentiel créateur. Naturellement, ils étaient tous porteurs du projet créatif.

Tout était prêt bien avant leur arrivée. C’est à dire dans un timing a faire battre le cœur trop vite. Il fallait que tout soit clean, au détail prêt. La place de chacun, les papiers, les matériaux, les odeurs, nous.

D’abord, Basile arrivait. Le premier. Attention à son entrée qui devait être préparée. Les chiens…J’étais celle qui l’accueillait. L’emmenais, avec son papa- Laurent- dans l’atelier, toujours au même endroit. Son père qui le réconfortait, lui prenait des mains, son livre de Oui-Oui, le rassurait et le rassurait encore et encore. Ses écholalies. Un véritable langage. Parfois l’angoisse de Basile, puis son immense sourire. Surtout lorsqu’il voyait Carla ou Charlène.

Ensuite, souvent arrivaient Camille avec ses parents, Christophe et Christèle. Son casque sur les oreilles. Elle allait aussitôt à sa place, « des papillons plein les mains ». Sereine. Nous nous alternions Charlène et moi auprès d’elle, mais c’est véritablement avec Charlène qu’elle aimait le plus être. Carla avec Basile. Nous tournions beaucoup,pour ne pas nous figer, parfois, c’était plus difficile, car il fallait s’occuper aussi des autres enfants, proposer, préparer, nettoyer sans arrêt le matériel….

La peinture avec Camille était très structurée par son univers favori, celui de Dysney au départ, pour nous en éloigner de plus en plus. Etre avec elle (ou Basile), c’était y être entièrement! Pas d’échappées de l’esprit possible. Sinon, elle partait.

(J’ai présenté sur un article précédant une vidéo faite par sa maman et elle. On y voit toute l’immense évolution de Camille qui a aujourd’hui 18 ans. Basile aujourd’hui est un jeune adulte pris en charge par La Maison de l’autisme, crée par Elisabeth Emily, à Angers en 2018.)

Puis les autres familles arrivaient…Les parents qui s’installaient à la cuisine. C’était un temps de rencontre, d’échanges d’informations, de soutien qui faisait du bien à tous. Autour d’un thé ou d’un café.

Ma famille, qui acceptait le rituel. Moi qui sortais d’un cours du matin avec les enfants qui ne finissaient pas toujours à midi.
Notre fils prêt à accepter qu’au bout d’un moment Camille monte dans sa chambre. Elle était la seule à avoir ce droit. Elle allait sur son lit avec son casque sur la tête, et se balançait, heureuse, en regardant par la fenêtre la rue devant elle. C’était son refuge.

Le cœur qui cognait toujours un peu plus fort..Ce temps qui devait s’arrêter de cogner, d’aller toujours vite.

L’atelier se déroulait sur 2 heures. Avec parfois 7 ou 8 enfants. Camille et Basile, une fois en place, à leur place, acceptaient ce bouillonnement de vie autour d’eux. Parfois pas. Parfois des tensions. Jeu de miroir. Accepterions nous ce jeu de miroir nous même? Je suis autiste, tu es autiste. Dois-je t’aimer pour autant?

Certes, nos ateliers étaient archaïques, dans de véritables ateliers d’art. Avec du matériel partout. Ils se passaient dans une maison foyer, avec une famille, les 2 chiens, pour les y accueillir.

Ces ateliers ont du fermer pour raisons extérieures à notre volonté, mais il n’en reste pas moins vrai que cette aventure a changé du tout au tout notre façon de voir l’humain et notre rapport au monde.

Beaucoup d’outils y ont été crées. Comme de dessiner pour communiquer, en direct, par exemple, avec un classeur Makaton sous les yeux. Ou de faire du travail séquencé. Ou d’utiliser d’autres canaux sensoriels.

Les très nombreux enfants ou jeunes inscrits soit à mes cours de l’époque, soit venant aux stages de Cœur d’ours ont tous été sensibilisés à l’autisme, aux aspects sensoriels, aux envahissements de la personnalité, problèmes de concentration, yeux qui oscillent, pertes de repère de tous genres, maladies spécifiques et incapacité à les exprimer, etc etc… . ce que l’on retrouve dans moult situations de la vie. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas un être vivant, sensible, unique, doué d’une émotion intense, d’une capacité à apprendre, à comprendre, à ressentir et aussi à se dépasser. C’est à nous, les passeurs, les transmetteurs, de leur en donner les moyens. Même si ce n’est qu’une toute petite petite contribution.


De la mise en place du processus de création à la réalisation de peintures l’huile. Cours adulte. Annelyse. Préambule.

Il y a toujours une première fois. Une première prise de contact. Une première rencontre. Quelque soit notre âge, nos compétences, il y a cette peur tangible, de part et d’autre. De ce que l’on peut attendre et de ce que l’on peut donner. Il y a une grande part d’intimité durant ces rendez-vous hebdomadaires. Nous sommes entre adultes. Entre individus ayant une expérience de la vie plus ou moins conséquente, mais toujours intime et profonde. Il faut une mécanique bien huilée pour appliquer un protocole et l’inclure dans le doux cycle de la vie. Et commencer cette histoire entre l’enseigné enseignant qui ne cesse de s’enrichir l’un de l’autre. Chaque atelier chaque « enseignant de la matière dans laquelle il excelle » a son registre, son savoir faire, sa méthodologie. Chaque initié a déjà sa teinte, sa méthodologie, son registre de pensées, son aspiration secrète.

Ma méthodologie dévisse la tête, je le sais bien. Car dans un premier temps, je cherche qui est derrière cette personne dont je vais prendre un soin infini, je le sais.
Annelyse avait pour projet d’approfondir sa créativité. Déjà bien inscrite dans les carnets de voyage, avec de très belles mises en page. Une sensibilité littéraire, exigeante, pointue. C’est là que le travail commence pour moi. Le premier espace vide. Sa première attente inquiète.

Mon rapport systématique à la technique. Le développement du registre lexical. Opacité, transparence. Les monochromes, les couleurs. Les matériaux, les rapports de couleurs entre les divers matériaux. Les formats, cadres. Les techniques: toutes celles associées à l’eau, aux pigments, aux liants, les supports, les adhérences, leurs usages, leur histoire. Les matières légères, lourdes…Le rapport avec l’optique, nos yeux, notre regard, notre perception sensible. Voir, c’est apprendre à voir l’invisibilité qui produit cette émotion en nous.

Tout cela, c’est du dur, du ferme, du tangible et du vérifiable. Avec une bonne boussole pour ne jamais se perdre. Car rien de pire que le vide.

Celui-ci n’est qu’absence d’outil pour décrypter les symboles, les énergies, les lois physiques et chimiques issus dès l’instant où l’on pose un crayon, un pinceau sur une toile. Une tête sans corps. Un corps sans bras ni jambes pour atteindre cette imagination. Pour y accéder, il faut créer des outils. Des filins, des règles, des cadres, des lois et des limites temporelles. Ne nous prenons pas au sérieux mais découvrons -nous. Tels des enfants. Qui sommes nous derrière ce que nous cherchons à atteindre. Comment fonctionnons-nous. Apprenons le formidable instrument de perceptions multiples que nous sommes et comment nous pouvons devenir co-acteur de nos créations. Co- acteur, parce qu’il y a toujours de déterminant l’instant précis face à nos émotions invisibles, notre gestuelle intime, notre respiration , nos blocages face aux matériaux rebelles, les difficultés, et la longue tâche à accomplir. Celle de nous découvrir comme une œuvre à part entière. Dans notre vivant. Et de le respecter. Nous sommes des arpenteurs de l’invisible en nous. Nous allons le découvrir à la lumière des crayons, des craies, de la peinture faite au doigts, des supports, du jeu avec les cadres, les lumières- la dernière chose que nous découvrions en peinture dessin- du modelage, de notre façon de penser chaque phrase, chaque pensée. Il y a un royaume enfoui derrière. Un royaume unique. Une sculpture du vivant. C’est là que commencera le rude travail de peinture à l’huile. Avec le dessin qui se dissout, qui s’abolit face à la ruée des couleurs et à leur bien obscur dialogue.

Aucun humain n’est un génie, mais peut rencontrer parfois les dieux. Pas contre, tous les cerveaux associent, coupent collent transposent, élaborent leur perception de l’univers qui les entoure. Chaque humain est singulier. Toute image derrière laquelle nous courrons est déjà morte. Ce n’est pas que de la philosophie. C’est du réel. La seule réalité que je vais aider à défendre, c’est la nôtre. Celle de cette instant là, de cet instant présent Celle de l’observateur observé.

Voir, c’est aussi percevoir que nous déformons ce que nous voyons.

Alors, nous sommes parties ensemble, Annelyse et moi dans cette quête de cette vérité sous-jacente, jamais accédée par nous, avec de bons outils et une bonne connaissance des conditions pour nous emmener dans l’univers du « voir », du ressentir, puis du faire ressentir par nous -même.

Coeur d’Ours. Que sont -ils devenus? Portrait de Christophe Ribeyrol.

Journal de confinement d’une lionne. Mardi 4 mai. 2020. 52ème jour , je ne sais plus bien.
Aujourd’hui, je vais vous raconter une merveilleuse histoire. Une histoire d’amour. Une histoire qui n’existe que dans la réalité des êtres humains qui sont si malmenés par les dieux de l’Olympe qui ne cessent de s’ennuyer. Et qui se servent de nous pour régler leur compte.

Je vais vous raconter l’histoire de Christèle et Christophe.
Quand était ce exactement? En novembre, ou en décembre 2009?
Je me souviens avoir accueilli Christèle autour de la très grande table attribuée à mes cours de dessin peinture. Dans la pièce que j’avais aménagée pour ma maman. Il y avait deux pièces pour ma maman. Un salon et sa chambre. Que j’avais peintes aux couleurs douces de l’Anjou-des terres ocres-roses-terre de sienne brûlée, et bleu gris sur fond blanc- mixées à celles de l’Alsace-Lorraine, sa terre natale:des verts et des roses iridescents, qui accrochent la lumière.
Ma maman venait de rendre son dernier souffle à côté de moi, à l’hopital, en long séjour.
Pascaline, infirmière à ce moment là à l’hopital attribué à la convalescence, ayant appris que j’y étais pour cette supposée dernière nuit auprès de ma maman était venue m’y retrouver. En courant. Elle est apparue dans la pièce qu’on nous avait allouée à ma maman et moi. Il devait être 2 ou 3 heures du matin. Ses collègues l’avait prévenue. Nous avions bu un thé que nous sommes allées toutes deux chercher dans la cuisine toute sombre de l’hôpital, puis nous avions parlé, ri, ma maman respirait tranquillement, comme heureuse de cette douce présence. Puis Pascaline est partie. Puis ma maman a rendu son dernier souffle.
Pascaline était aussi une de mes élèves.
Pascaline était arrivée dans ma vie, dans notre vie après l’immense expédition de Fabien qui avait traversé le Grand Nord, à pied, pendant un an, rapprochant un petit peu les gens de notre village de St Philbert du peule.
Ca, c’est pour la contextualisation.
Aussi quand j’ai accueilli Christèle, qui avait peu de temps, a été un moment d’arrêt sur image.
Elle m’expliqua qu’elle avait 3 enfants dont Camille- une enfant autiste -sévère. Qu’ils avaient une vie de dingue. Qu’elle était présidente à ce moment là de Autisme 49. Que leur vie était un combat sans fin.
Et surtout, elle m’a parlé d’amour.
De celui qui les liait elle et son mari. Il était en congé maladie à ce moment-là.
Qu’il était épuisé Qu’il donnait tout sans rien en échange. Qu’il lui préparait des petits repas gastronomiques. Qu’ils avaient crée ensemble dans leur petite maison une véritable salle de cinéma à l’étage. Qu’ils avaient des centaines de DVD. Qu’ils avaient trouvé de véritables sièges de cinéma. Et qu’ils y mangeaient, les enfants et eux, des glaces.
Et surtout que Camille pouvait regarder tous les films de Disney qu’elle adorait.

Christophe avait une véritable passion. C’est un véritable cinéphile. Et il adore la musique de film.
Christophe est le genre d’être sur qui le temps ne passe pas. A dévorer les livres, derrière ses yeux de myopes d’une infinie douceur et à dessiner partout où il passe. Il voulait mettre en peinture des scènes de films.
Alors Christèle a offert à son mari une année de cours chez moi. C’était un honneur, un véritable effort pour elle. Son cadeau d’amour pour lui.

J’ai accepté. En plus de créer avec eux un atelier art et autisme- ouvert à la fratrie.
Petit à petit, grâce à Christèle et Christophe, mes jeunes Coeur d’Oursiennes, surtout ma fille et une amie à elle, Carla, nous avons pu réellement nous inscrire dans un atelier digne de ce nom avec des jeunes gens, des enfants, autistes dits sévères ainsi que leurs parents et parfois leur frères et sœurs.
Nous avons crée par la suite un atelier-Art et handicap » animé par Coup de pouce pour l’autisme,
Les bras n’étaient jamais en trop, aussi heureusement des parents nous aidaient à tenir ces ateliers. J’en reparlerai ultérieurement certainement. Et nous y avons reçu des formations adéquates au fil du temps, grâce à Christèle et à son association. Et surtout beaucoup de pratique, d’expériences.
Je travaillais déjà à conduire des atelier d’art et de handicap, à Vernantes (49). C’était toujours bouleversant.
Je sais, je suis encore beaucoup trop longue à écrire. Je ne sais pas utiliser le ciseau pour couper la bande film du temps.
C’est ainsi que Christophe arriva à mes cours.
Il me dit tout de suite. Léonie. Je viendrai le jeudi (il était en congé maladie à ce moment là, et il respirait). Et je repartirai tôt, car chez moi, on m’attend, on a besoin de moi.
Je souhaite partager avec le groupe mon amour pour la musique de film.
Christophe est un sacré bon dessinateur. C’est toujours un défi pour un prof. Mais ne manipulait pas bien la couleur.
Il me dit, c’est cela que je veux atteindre.

J’ai dit ok. Et je l’ai fait s’asseoir juste à côté de moi, parfois presque touche à touche tant la relation au dessin est proche de la relation au corps et à la danse. Et tant c’est intime dès qu’il s’agit du corps humain. Il n’y a aucun tabou sur celui-ci. Aucune restriction. Mais la pudeur est malgré tout bien présente. Ce sont des instants ultra sensibles.

Et j’ai commencé à lui vider le cerveau. Le pauvre…
On peut dire qu’avec moi, il a morflé. Il a douté. Il a souffert.
Je parlais plus haut de Pascaline. Car tout les deux s’entendaient magnifiquement bien. Très complices, très dessinateurs.
Elle aussi à morflé avec moi.
Qui a dit que le dessin et la peinture sont des loisirs?
Pour certains oui, mais rarement avec moi hélas. Mais j’ai les outils pour faire plonger dans le grand bassin et ne perdre personne. Je sais moi même bien nager. Et l’épreuve du temps je connais.

J’ai dit à Christophe. Tu veux copier? Alors tourne cette image. Tu ne copieras qu’avec ton cœur et ta mémoire visuelle de ce que tu sais.
Pour commencer, j’ai développé mon protocole. Craie, fusain qui devient le maître d’apprentissage du dessin et des volumes. Dessiner sans lever le crayon. Gomme interdite.

Transformer une boue en couleurs (le couple d’amoureux que Christophe a réalisé. Sublime. Acrylique et peinture au doigt pour connaître la couleur du bout des doigts). Et comprendre, physiquement ce qu’est l’ombre, ce qu’est la lumière.
Envisager le fessier les pieds les jambes, le sol, l’assise, le devant dessous avant de dessiner ce que l’on voit.
Et surtout, le point de vue.

Une peinture à l’huile réalisée par Christophe: pour peindre une femme assise, il faut tout deviner d’elle.

COe moment si particulier où tout corrobore. À tout exprimer en une fraction de temps. Souviens toi Christophe de cette petite croix que je vous faisais ajouter en rouge.
C’est celui du point de vue de l’auteur qui devient à cet instant un metteur en scène.

Ou debout. Même si c’est une copie.

A l’huile.

Peinture à l’huile.
La matière peinture à l’huile est des plus exigeante. De plus, peindre met dans une énergie particulière. Il faut « rentrer dedans ». Ce qui est très difficile à retrouver d’une semaine à l’autre, après parfois de lourdes journées de travail. Sans parler que le cadre d’un cours influe sur la façon de peindre. Un cadre joyeux ou tendu, une gestion du temps trop courte, tout cela doit aussi être géré, capté, accompagné. Car la frustration parfois est palpable.

La fameuse 1ere toile. A l’acrylique. Bleu de cyan, magenta, jaune primaire, et blanc. Un certain Monsieur W ». D’après Jacky Chevaux.


Puis des acryliques dans le cadre de cours autour de transformer une boue en couleur. Qu’est-ce que l’ombre, qu’est ce que la lumière. Au doigt. Travail beaucoup plus spontané, moins investissant, plus ludique. Et réalisé en deux séances.

Paysage puis « L’illumination de l’amour » par Christophe. A partir d’une boue de couleurs, au doigt et à l’acrylique. Reprise au pinceau.
Il y a une petite patte de mouche sur chaque toile. C’est la signature de Christophe. Je la retrouve.

Et puis surtout.
Je lui ai collé comme modèle, les couleurs de la craie, puis les 3 couleurs primaires en acryliques plus du blanc, et je me permets de le lire, elles sont «dégueulasses» ces teintes à l’acrylique, en lui disant, voilà, maintenant débrouille toi pour représenter exactement ce que ce grand peintre a réalisé lui même avec des peintures à l’huile avec une formation classique.
Et interdiction absolue d’utiliser du noir, même si ce que tu vois est noir!
Et autre interdiction : je ne veux plus aucun blanc de la toile. Si tu veux faire du blanc, à toi de le fabriquer à partir de ces trois uniques couleurs! Aucun blanc n’est le même.

C’est ainsi que jeudi après jeudi, Christophe a réalisé sa toute première œuvre à l’acrylique d’après une œuvre de Jacky Chevaux, « Un certain Monsieur W» qui a un musée à Mulhouse et qui était le neveu de la doyenne de mes élèves,- Elisabeth Walch ( hélas décédée mais qui a peint tant et plus durant les 4 années où elle a été mon élève la plus assidue puis qui a continue à peindre jusqu’à l’ultime lisière de sa vie.)

Petit voyage chez Jacky Chevaux. A Mulhouse.

La deuxième partie illustrera parfaitement l’immense chemin que Christophe a parcouru depuis. Mon cours de St Philbert a fermé en 2016. Nous sommes en mai 2020.

Regardez le modèle. Je suis sûre que vous n’y avez vu que du feu. C’est le même hein!
Voilà ce qu’un excellent copiste est capable de réaliser. Une toile que l’auteur n’a jamais peinte.
La position est différente, l’intention aussi., car Christophe jusqu’au bout se garde un droit de réserve.
La tête de l’Ours est inclinée différemment et cela suscite tout un changement dans la posture du corps, du drapé. Il nous raconte une autre histoire. Et Christophe va pouvoir nous interpeller à notre tour.
Voyons la suite maintenant. Avant que la toile ne soit achevée.
On commence même à apercevoir la lumière sur l’épaule devant nous. Celle qui répondra en écho à la porte ocre au dessus du globe, car chaque teinte participe à cet instant particulier.
Est-ce du vert, est-ce du jaune, est du ocre? A la complexité de l’univers de la couleur.

Et bien franchement. Christophe, je te sais mal en point. Et que ton corps te trahit. Grâce à une opération tu as pu retrouver un peu de vue.
Bon sang Christophe. Je suis profondément admirative et je te tire mon chapeau. C’est vrai Christophe, que je n’en n’attendais pas moins de toi. Tu méritais et tu mérites toujours ce summum en peinture. Tu l’as atteint. Tout seul!

Et merci pour Vincent. Vincent Van Gogh. Je ne sais pas s’il est un autre artiste dont la trajectoire rende si triste.

Merci Léonie de toute la gentillesse et le regard sans cesse bienveillant que tu portes sur les choses et les gens. Je relis ce compte rendu de ces «années St philbert» avec beaucoup de plaisir et un brin de nostalgie.
Je trouve tout cela trop gentil et indulgent à mon égard mais je respecte ton ressenti. Cœur d’ours est ton bébé et je te laisse libre de t’y exprimer à ta guise .

Je me souviens surtout de mon hésitation et incompréhension. Je pensais réellement que prendre des cours et espérer peindre comme je le souhaitais était un peu trop ambitieux .

Merci à toi pour cet apprentissage en individuel, patient et laborieux ( je suis un laborieux ) qui m’a permis de prendre confiance, même si l’incompréhension fut une compagne tenace. Comme je l’ai déjà souvent relevé, lors de tes explications sur les couleurs et la lumière ( la lumière est partout, chaque couleur comprend toutes les autres, comment les comprendre les apprivoiser…..) j’avais deux réactions: 1 «elle est cinglée» , 2 «je comprends rien» ( rayer la mention inutile ) .
Mais j’avais heureusement plus confiance en toi qu’en moi-même et grâce à ta ténacité j’ai fini par (mieux) comprendre, si bien qu’aujourd’hui, à chaque fois je me pose ces questions et me demande ce que tu dirais si tu étais la.
Et j’ai connu le même blocage lors du passage à l’huile, sentiment identique de ne jamais comprendre et réussir et puis …… avec le temps le doute devient compréhension et la difficulté devient plaisir de faire, tout en restant à son niveau bien sur, plaisir de progresser doucement et plaisir de cet inconnu à apprivoiser et à accompagner devant chaque nouvelle toile ou feuille vierge Je pourrais parler encore d’autres aspects: dessiner avec les doigts , au crayon bille sans lever la pointe du papier, créer des noirs et des blancs sans avoir ses teintes ( j’avoue parfois j’ai triché…)
Merci de ses soirées accompagnées de quelques (plusieurs ) bulles, des expos et projets communs ( St Aubin, Brassens, St philbert )

Encore merci à toi

J’avoue aussi qu’avec le temps et les événements imprévus qui jonchent les chemins des vies de tout à chacun j’ai perdu peu à peu l’envie de continuer les cours. Cela tenait à un découragement personnel et aussi à la perte progressive de l’encadrement motivant des personnes présentes au début et qui progressivement pour un tas de raisons n’ ont plus ou peu fait partie de l’équipe d’apprentis enthousiastes de l’atelier .
J’aimais ce cadre et cette ambiance, quand il se sont estompé je me suis éclipsé avec ….
S’ensuit un long hiatus personnel, loin des pinceaux et des toiles, des crayons et de la térébenthine, de l’huile de lin.

Mais aujourd’hui j’y reviens, à force de toujours dire demain je recommence ( comme chantait Guy Béart ) il faut bien que ce demain devienne aujourd’hui. J’avais peur de ne plus savoir faire , de perdre mes marques et puis non finalement c’est maintenant encore plus agréable, je ne dirais pas plus facile, mais la matière et moi-même sommes plus malléables, plus apaisés et j’ai des projets plein la tête, je ne suis pas presser. Forcement à chaque fois un parfum de l’atelier de Léonie m’accompagne et m’accompagnera ….

Tu connais ma passion pour JRR Tolkien et son univers . Et bien comme le chante Gandalf et Bilbon sur les chemins verdoyants de la comté :

La route se poursuit sans fin
Descendant de la porte où elle commença.
Maintenant, loin en avant, la route s’étire
Et je dois la suivre, si je le puis,
La parcourant d’un pied avide,
Jusqu’à ce qu’elle rejoigne une voie plus grande
Où se joignent mains chemins et maintes courses.
Et vers quel lieu, alors ? Je ne saurais le dire.

(Hélas, je n’ai pas réussi à mettre le pastel qui illustre si bien cette si belle chanson de JRR Tolkien)

Christophe


Je ne peux oublier ce premier rendez vous avec toi Léonie….
Un appel à l’aide, un cri de survie, j’avais perdu mon père âgé de 65 ans, ma mère allait le rejoindre à 66 ans, c’était deux grosses pertes en peu de temps … et je voyais mourir l’homme de ma vie .
C’était juste impensable, lui si jeune son mental le lâchait, il déclinait trop vite … il me fallait agir vite et bien. Lors de nos discussions passionnantes, teintées de gris, je voyais l’étincelle des possibles. Après l’avoir encouragé à faire vibrer nos papilles par l’art culinaire de tous horizons lointains, je décide d’un entretien avec toi, mon amie. L’écoute le partage sont entiers, je vois enfin se profiler une belle aventure entre mon amour et une personne qui ira au-delà de sa qualité de professeure artiste peintre.
Elle prendra Christophe en individuel, et saura l’écouter, en lui laissant le temps d’avancer étape par étape, en se confiant. Il revient de ses cours heureux, parfois déçu de ne pas être à la hauteur… mais il est mieux, même si cela demandera du temps. Dans la vie il y a des hauts des bas, et toutes expériences bonnes ou mauvaises permettent de se dépasser, d’aller plus loin .
Ma perception de cette époque est simple Christophe n’aurait pas fait cette dépression, nous n’aurions probablement pas fait la connaissance de cœur d’ours de Léonie .
Il y a tant à dire sur notre amitié que ce soit avec COUP DE POUCE Association pour l’autisme, l’atelier Art et Handicap, et ses cafés et nos partages du monde de l’autisme et de nos bulles Saumuroises qu’un livre ne suffirait pas .Mais que c’est bon de les avoir vécus ensemble .

Merci mon amie d’avoir sû sauver le plus important à mes yeux et l’essentiel de ce qui pouvait l’être. Avec toute mon affection
Christèle RIBEYROL – LEROUX

Ci dessous. Je ne peux me passer de mettre ce pastel de Christophe, qui me donne toujours la chair de poule. « La liste de Schindler. La petite fille au manteau rouge ».

Métaphores d’une lionne en confinement- (27ème jour). Pourquoi le zèbre a t-il des rayures?

Tout d’abord, il ne savait même pas pourquoi on disait de lui qu’il était un zèbre. Il se voyait comme les autres. Car il était né dans un grand troupeau. Le plus grand troupeau du monde, parce qu’aujourd’hui, il avait tout avalé, et fait sien tous les savoirs, tous les procédés qu’utilisaient les autres espèces de par la planète et de l’univers qu’il colonisait.

Sa seule erreur était de penser que puisqu’il voyait les choses de cette façon, et bien tout ce qui ce se rapportait à sa vison du monde- ce qu’il voyait, sentait, ressentait, interprétait, anticipait – c’était la vérité- sans tenir compte qu’elle venait de la forme ronde de son iris.
Même aveugle de naissance. Son cerveau était conçu sur ses yeux, sur la forme de sa pupille. Il ne se rendait même pas bien compte que ses paupières se fermaient autant de fois. Pour lui, c’était parce qu’il avait de la poussière dans les yeux, qu’ils le brûlaient parfois, ou étaient trop secs. Ou alors qu’il voyait mal, tout flou, ou tout distordu. Ou bien qu’il était tout simplement trop fatigué pour tenir les yeux ouverts.

Il n’y avait peut-être que l’oreille interne qui était capable d’entendre tous ces petits clapots du rabat des paupières, car sur tous le grand troupeau, rapporté aux 28 000 clignements des paupières par jour, ou 20 par minutes, cela faisait tout de même un petit bruit.

C’est vrai qu’heureusement, il y avait les autruche, qui elle ne battait des paupière qu’une seule fois par minutes.
Enfin, ce que le grand troupeau ignorait que derrière ces 28 000 mille clignements de paupières étaient orchestrés tous les je t’aime, toutes les déchirures, tous les drames et le passions qui rendaient la vie si fascinante.

Des yeux qui allaient de la droite vers la gauche, de haut en bas.

Et ce troupeau ne savait pas qu’il était une œuvre de la nature. De la même nature qu’un virus ou qu’une fourmi.

Le troupeau, pris au piège de sa vision du monde, se mit à y croire comme la seule vérité possible et l’appela la «Réalité».

Même les astronomes et les astronautes s’y trompaient. Et pourtant, parfois tout là haut là haut, ou tout en bas, en bas, ils frôlaient une autre réalité, avec une autre vérité bien plus grande que le cosmos lui-même.
Le grand troupeau avait beau développer une armada de technologies de plus en plus sophistiquée, à un moment où a un autre, le monopole de la pensée se réduisait à sa vision-perception du monde et le soumit à son règne.

Il croyait que la terre était ronde. Il pensait que l’herbe était douce au toucher et que la soie de la peau était un ravissement.

Il croyait en tout ce qu’il ressentait. U n jour, un incendie se déclara. Ce n’était qu’un incendie parmi tant d’autres, crée par le mirage qui était devenu l’OEIL du troupeau. Et qui s’y réfléchissait, réfléchissait…

Et cet incendie se déclara vers un des trous de vers crée par lui. Près de ce qu’il appelait une centrale. Cela fit pleurer l’oeil de la centrale, nucléaire, ce qui n’était pas très rassurant. Il choisit Tchernobyl.
Et cela donna naissance à tous les pires rêves et qui s’avérèrent être des monstres, à leurs yeux.
Avec surtout, pleins d’yeux. Mais pas que des yeux avec des ronds, mais aussi avec des fentes, ou tout autour de la tête, ou globuleux, ou perchés au bout de drôles d’antennes, ou alors accrochés aux oreilles- cela doit être curieux des yeux qui entendent, ou des oreilles qui voient. ou alors tournés vers l’intérieur. Cela aussi ce doit être curieux. Cure yeux.

Parce que le nucléaire avait fait exploser le noyau des cellules.
Cela c’était l’évolution. On les nomma les sans coeurs, ou les intelligences artificielles ou les nanoparticules.
Tous ces petits sans coeur, réveillés par la passion dévorante du feu, atteignirent le coeur de l’eau et cela déclencha une émotion telle dans le troupeau qui ne se savait pas fait d’eau, qu’il explosa à son tour, mais à l’intérieur de toute son eau à lui. Et sans même le savoir, puisqu’il ne pouvait pas le voir. Puisque sa forme encore subsistait. Dans la mémoire de chacune de ses cellules. Une belle forme finalement

Comme un trou de serrure, l’huis. Discrètement, toute porte fermée.

Tant qu’il pouvait encore se regarder soit dans le regard de l’autre, soit au moins de tout ce qui mire, et qu’il se voyait en forme, tout allait encore à peu près bien. Mais quand sa forme se mit à fondre et à ruisseler, à lui pousser des bras, des yeux, des protubérances, tout cela lui souleva le coeur qu’il lui restait et il le cacha bien vite.
Car ce troupeau avait un chef majeur. Et il était à l’image de ce chef. Une forme, un assemblage moléculaires, un assemblage de chiffres, de symboles, de combinaisons. Un enchevêtrement électrique.
Il prenait vie dans autre chose que lui. Qui prenait vie dans encore autre chose que lui. Et cela à l’infini.
Car dans l’autre chose, il y n’y avait pas besoin que les choses s’arrêtent ou commencent. C’était tout simplement sans fin. Cela était bien écrit pourtant. Sans fin. Le grand troupeau ne comprenait pas le sens des mots. Pourtant écrit pour tout l’ordre des choses. Sans/ fin. En fin.

Le troupeau aimait plus que tout le récréatif. Pas le re-créatif, ce n’est pas la même chose.

Il avait besoin de rêver, d’avoir des sensations fortes pour se sentir libre et heureux, ou malheureux et esclave. Il avait besoin de voyager, de s’imaginer et d’imaginer. Il se créait des enfers, des paradis. Des univers d’enfer même, là où l’imagination est la plus inspirée. Il rêvait de guerre, de révolutions d’harmonie, de paix.
Il ne savait pas qu’il avait une petite puce dans son cerveau qui lui permettait d’avaler toutes les vipères ou toutes les couleuvres que lui fournissait son inconscient. Qui était comme un gigantesque réseau de fils et de connexions par delà le visible et l’invisible.

Il continuait de croire dur comme fer à ce qu’il voyait, éprouvait, analysait, vérifiait, synthétisait, transmettait.

Il CROYAIT en SON IMAGE.

Et il ne voyait pas qu’il était comme tout système vivant, animé de son unique besoin d’énergie.

La seule chose qu’il put peut-être voir réellement de lui, fut qu’il avait des dents. Car il dévorait tout tant il était énergivore. Et à chaque fois qu’il passait quelque part, il modifiait tout.
Mais là encore il se trompait, car même de cela il se trompait.
Car le cerveau avait inventé la mort.

Et le mouvement oscillatoire des yeux, et le battement des paupières.
Parce que le système dans lequel tout repose avait un coeur.
Il le dota au troupeau.
Dont la vision s’inspira. Parce que dans le coeur, circulait en boucles toutes les informations enfin redescendues du cerveau. Transformées, ventilées, triturées, tripatouillées jusqu’à en extraire toute la quintessence.

Les intestins. Le grand orchestrateur venant des minéraux, bactéries, des virus de cette flore et de cette faune qui grouillaient en eux.
Le plus grand régisseur.
Alors un autre œil s’ouvrit. Situé ailleurs. Qui lui faisait voir autre chose que lui même.
Et un autre choeur retentit. Venant de plus loin celui-là. Un choeur chargé d’emotions. Qui lui ouvrit l’oeil.
Et il vit les secondes. Il vit les heures, il vit les histoires, il vit le vivant.
Et en voyant cela, il vit qu’il n’avait plus besoin de tout ceci et de tout cela.
Il vit qu’il pouvait être sans toutes ces formes et accepter d’être autant reptile que la grâce d’une dune frôlée par l’air du temps.

Il vit qu’il pouvait être virus ou bactérie. Mammifère ou unicellulaire.
Et il vit qu’il devait juste accepter de se vivre, sans répondre de son apparence, sans répondre de son espace, ni de son espèce.
Juste se prêter à l‘expérience de son vivant, non pas le nôtre- mais bien l’expérimentation du vivant en lui avant que ses yeux ne clignent à nouveau puis se rabattent en jetant dans les oubliettes ces univers sans fins.
Fin de l’histoire. L’expérience de l’espèce.

Pourquoi les zèbres ont ils des rayures. Parce que quand ils se mettent à courir, ils nous ebouissent.

https://www.encyclopedie-environnement.org/vivant/lumiere-naturelle-emergence-de-vie/

https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-diaporama-plongee-yeux-animaux-48887/

Livre des métaphores d’une lionne confinée.

Journal du confinement d’une lionne qui avait compris, il y a fort longtemps, qu’il lui fallait quitter sa nature, la nature de sa nature, puis la nature de la savane et qu’elle devait s’instruire au pays des mille glaces et des mille facéties. Mais que pour en ressortir il lui faudrait passer par un labyrinthe, puis chercher son fil d’Ariane afin d’en sortir, tout cela guidé par amour de ses petits.

Ceci est l’expérimentation de la lionne rencontrant toutes les espèces peuplant la terre et voulant bien se présenter à elle, les minéraux que foulèrent ses pas feutrés et qui reflètent les planètes et les étoiles, attirant ou repoussant sans fin l’océan de ses pensées du monde dans le flot continu de sa mémoire. Elle se buta sur les miroirs du temps longuement, reprenant sans cesse le chemin à l’envers, jusqu’à retrouver l’énergie de se sauver de ses anneaux et de reprendre son chemin à elle. Elle fit face à son horizon et y découvrit le phénomène des évènements et décida de changer de boussole.

Elle marcha sans trêve, le plus souvent, sous la douce voûte de la voie lactée, découvrant les végétaux qui l’envoûtèrent de leurs talents de peintre, d’architecture et de géométrie sacrée. Elle découvrit le pouvoir secret des parfums qui lui chatouillèrent le goût et l’odorat jusqu’à lui apprendre à se diriger, sans faute, vers la plus pure source de vie. Car après être entrée dans le pays des mille et un miroirs, elle souhaitait enfin se retrouver dans l’origine de sa nature. Là, où il n’y a plus besoin de miroirs.

Son goût l’amenait à devenir folle des couleurs, folle de ces nectars invisibles, de ces paysages insolites, de ses rugosités, de ses aspérités de ses motricités secrètes, de son alchimie. Elle devint abeille, puis colibri. Puis libellule, puis ceci et cela, cousant sans cesse, d’un battement d’aile à l’autre des allers- retours qui lui firent rencontrer la profondeur de son cœur qui faisait battre la vie autour d’elle. Elle s’en retrouva exaltée.
Le dos chargé de pollen et de nectar, elle s’en revint et alimenta tous les siens et tous les siens des siens, et ainsi de suite. Car telle était sa nourriture. Celle de la vie refleurie.

Présentation de Léonie SOMMER

C’est une aventure livresque qui s’arrête en 2014, à St Philbert du Peuple. Celle ci se poursuit, mais maintenant, »là où se finit la terre », autrement dit, le Finistère, dans cette belle ville de Quimperlé, au bord de l’Ellé. Depuis, les mots n’ont cessé de couler, de prendre de l’amplitude, de l’aisance. Un jour proche, ce travail, pour l’instant invisible, aboutira à un réel mariage entre peinture/ philosophie et écriture poétique. Sous forme de livre. Mon plus grand souhait.