Derrière les 3 couleurs, c’est une danse, c’est la vie.

Trois couleurs, bleu de cyan, magenta et jaune, dites primaires en peinture.

C’est par cette invitation à danser la valse des trois couleurs que je souhaite vous accueillir sur ce blogue. Pour moi, elles sont les couleurs de la vie, car rien n’existe séparément, tout existe par son contraire.
Si l’on ajoute le noir sur une palette, voilà que s’ajoute une panoplie de nuances que nous sommes bien en difficultés d’appréhender. Et s’il y a du noir, il y a du blanc …
Et voilà comment on commence à s’amuser dans le champ de la peinture : il y a l’univers du dessin et il y a l’univers bouleversant de la couleur. Deux approches de la perspective différentes. Et oui, car la couleur, ce n’est pas que de l’émotion mais c’est aussi un espace qui nous situe dans le temps, sans le recours de la perspective par le dessin.
Comment ne pas entrer sur ce blogue sans cette marque de fabrique qui est la mienne. Je le chante à tous les temps, à toutes les sauces: c’est une valse! Et lorsque je dis que le noir est révélateur de toutes les couleurs, il suffit de savoir que notre œil est à même de capter, puis notre cerveau d’analyser, entre les bâtonnets comme « black and white » et les cônes comme « couleurs », plus de 17 millions de nuances possibles, il y a de quoi rendre fous les amoureux de la couleur comme moi. Et dire que colibris et abeilles voient les ultraviolet et les infra-rouge, alors là, il y a de quoi rendre encore plus dubitatif. Et je ne parle ni de la forme, donc de la matière, ni du dessin (dessein?)!
Mais ne boudons pas notre plaisir. Il m’arrive de discerner des fantômes et des spectres étranges de vie dans le croisement des couleurs, mais je suis bien incapable de dire quoi tant le visible, s’il n’est pas identifié, reste chose inconnue.
Pour aller plus loin, quand ces trois couleurs font du lien avec notre imagerie mentale et que l’on rencontre des problématiques sensorielles chez certains êtres, beaucoup plus nombreux et proches qu’on le croit, on ne peut que plonger encore plus profond dans le puits du savoir. Etrange voyage…
Quand vous dessinez l’ourlet délicat d’une bouche et que vous vous apercevez, avec le temps, que le corps ne connait ni de début ni de fin, puisque cet ourlet représente le passage du souffle d’un sourire entre un univers aérien et un univers aquatique, donc d’un passage de  l’air, fil ténu de l’expression et de la respiration, entre l’extérieur et l’intérieur, ce n’est pas simple. Il ne reste plus qu’à sourire soi-même et peindre en souriant. Je vous assure, c’est le plus court chemin.
Les chinois abordent la réalité de façon différente à nous. François Cheng en parle magnifiquement bien en opposant la culture chinoise à la culture occidentale. Cette culture n’appréhende pas du tout le visage de la même façon que nous. Qu’est-ce qu’un visage lorsque notre part d’eau, de terre, de feu ou d’air, du vide et du plein, par rapport à ce que nous croyons savoir de lui, à savoir ses yeux, ses pommettes, ses lèvres, sa morphologie, etc,  parce que c’est visible? (Que savons-nous des choses qui nous entourent?) Les deux approches peuvent tellement s’enrichir l’une de l’autre. Intérieur/ extérieur, respirer, sentir la vie à l’intérieur de nous.

Un théoricien de l’art:Rudolph Arnheim (1904-2007) écrivait qu’il existe deux systèmes de pensées: « Une pensée verbale et conceptuelle,( je cite),  qui engendre « la prévalence d’une visée du monde », rejoignant en cela la conception transcendantale Kantienne dans laquelle l’objet se constitue à partir de la visée du sujet, ce qui entraine « un jugement » du sujet qui l’entoure. Et une pensée visuelle, qui procède  » la Prévalence de la vision du monde », qui est une vision d’où émane une « constatation » et non un jugement comme c’est la cas de la pensée verbale et conceptuelle.
Si nous dessinons un visage d’enfant par exemple, nous le faisons en nous appuyant sur ce que nos yeux croient voir et savoir et non sur ce que nous voyons, et encore moins sur ce que nous  ressentons face à lui. Nous ne faisons pas confiance en notre ressenti.

Le visage d’un enfant est  une plaine d’eau et de lumière, rempli d’affectif car il a besoin de ses parents longtemps, et surtout il est en perpétuels changements. Le jour et la nuit passent sur lui comme une ondée de sentiments multiples, le sourire le plus éclatant peut être suivi par le froncement de sourcil le plus inattendu, le souffle de son âme s’y éclaire à tout instant, car il ne connait pas le mensonge. Il grandit.
Combien de petits enfants n’ont pas leur âme qui balaye leur visage faute de ponts pour le franchir. Alors, nous disons qu’ils sont inexpressifs ou insensibles. L’intérieur reste à l’intérieur. J’ai appris avec le temps combien il était nécessaire de comprendre comment nous fonctionnons et combien il fallait apprendre à voir, et  transmettre aussi, comment autant de pistes possibles pour sortir de nos a priori. C’est une question de respect et de bien-traitance. Nous sommes TOUS différents ! Ce que nous croyons être évident est loin d’être simple.
Vivre respirer, être. A l’intérieur comme à l’extérieur. Deux univers qui se côtoient en permanence dans le creux de notre invisibilité. Notre univers que nous prenons pour « La réalité » et qui ne peut être qu’une expérience personnelle de la réalité, côtoie dans l’infini du temps (il suffit de se souvenir de ses rêves pour s’en rendre compte) notre imagerie mentale dont nous ignorons tout de son existence, jusqu’au jour où…
Qu’est-ce que représenter signifie ? Qu’est- ce que voir ? La peinture va beaucoup plus loin que le simple constat du représentatif.
Je suis certaine qu’il y a des peintures (pas les miennes nécessairement) devant lesquelles vous vous dites : « je sens l’odeur de l’eau sur ce tableau ». Et vous ne savez pas pourquoi.
La peinture en appelle à de multiples ressentis qu’un  peintre expérimenté et sensible  glisse imperceptiblement dans son œuvre. Cézanne disait qu’il fallait avoir faim pour peindre une pomme. Turner ouvrait ses volets à toute volée, pour « attraper la lumière » et n’a pas hésité pas à nous faire vivre la même sensation que cet empereur Corinthien à qui on avait cousu les paupières et exposé à la pleine lumière en guise de torture. Sensation-Ressentir les choses –Peindre l’air- Peindre ce que l’on ne voit pas- Faire ressentir le petit caillou qui est dans la chaussure…
Van Gogh, si cher Vincent Van Gogh qui ne voulait omettre absolument aucune de ces infinies nuances qui parcouraient les nuits de ces toiles. Il était juste fou amoureux des couleurs! Comment ne pas être bouleversés par tellement d’amour et de passion au point de leurs avoir donné sa vie et son équilibre mental. Combien d’heures, de jours, d’années de travail pour atteindre cette inaccessible étoile. Je n’y peux rien, mais aujourd’hui encore, je me dis pauvre Vincent que t’avons-nous fait subir? Combien de toiles rejetées avant que Modigliani impose sa singularité : « Lorsque je connaîtrai ton âme, je peindrai tes yeux. »
Et Otto Dix qui derrière les champs apocalyptiques de la première guerre mondiale, puis la deuxième !… a cherché  à représenter la beauté de l’horreur.
Jusqu’où irons-nous pour toucher du doigt cette réalité qui n’existe que par nos yeux dans le court laps de temps d’une existence, autrement dit, une fraction de seconde, juste le temps d’un battement de cils ?
Les approches sensorielles de la personne permettent de s’interroger sur ces préceptes qui nous gouvernent et surtout de nous offrir de nouvelles portes vers la bien -traitance, le respect et le soin de la personne et de ce qui nous entoure.Et pour les artistes, quelles source infinie sur la créativité de la nature qui sommeille en chacun d’entre nous, c’est un univers magique, fascinant mais non dépourvu d’ombres. A nous d’être créatifs pour que naissent les lumières du jour.

D’autres l’ont bien compris, il n’y a pas que la bienveillance qui motive les humains, il y a aussi les intérêts. Derrière la puissance des médias, il y a les générations à venir et avec lesquelles il faut garder du lien et du sens, il y a surtout l’éducatif. (Je vous conseille de consulter à ce propos le site de Serge Tisseron, notamment en ce qui concerne le numérique). Les enfants sont les premiers à subir ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent. C’est une nuisance terrible si nous ne les aidons pas à comprendre ce qui se joue la plupart du temps à notre insu tant notre monde va vite et nous dépasse. Nous devons leur permettre de s’approprier leur histoire personnelle en créant leur propre outil de créativité. Pour cela, il faut leur en donner les moyens. Il en va de même avec toute personne dite « différente ». Ils sont notre richesse.

Suggestions d’auteurs à lire ou à entendre, pour se mettre dans la marche du monde ; (et il y en a bien d’autres, je reste ouverte à vos suggestions.) :
Temple Grandin, autiste et professeur en sciences animales dans le Colorado( et qui écrit, à propos de l’abattage : « Ca ne devrait pas se produire dans une société civilisée. Si l’enfer existe, j’y suis. »Elle a inventé un système plus éthique pour les animaux).
Livres : « Ma vie d’autiste. ». « Penser en images »
Film : « Temple Grandin. »
Boris Cyrulnik. « Un merveilleux malheur. » Notamment sur les aspects sensoriels des enfants traumatisés par la guerre, et conférence sur « La mémoire traumatique.  »
Jean-Claude Ameysen. Sur les épaules de Darwin ». Emissions : « Clarté » et « Quand l’écho dessine les contours ».

Et pour prendre un peu de recul sur notre civilisation dite civilisatrice:

« Mythes de l’Amazonie: traversée de l’imaginaire Shipibo.  » de Pierrette Bertrand-Ricoverti avec invitation à regarder  » l’art Shipibo », notamment les extraordinaires peintures de ce peuple.

« Le sixième Grand-père, black Elk et la Grande Vision. »

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